Restaurants touristiques en Tunisie : un secteur sous pression face au recul de la consommation
Les restaurants touristiques tunisiens traversent une période délicate. Selon Habib Ben Moussa, président de la Fédération tunisienne des restaurants touristiques, l’activité du secteur aurait chuté d’au moins 50%, un recul jugé préoccupant pour une branche considérée comme l’un des maillons importants de l’offre touristique nationale.
Cette baisse intervient dans un contexte économique marqué par l’affaiblissement du pouvoir d’achat des ménages. Les sorties au restaurant, autrefois plus fréquentes pour de nombreuses familles tunisiennes, deviennent aujourd’hui une dépense plus difficile à maintenir. Face à la hausse générale du coût de la vie, les consommateurs réduisent en priorité les dépenses liées aux loisirs, dont les repas à l’extérieur.
D’après le président de la fédération, cette situation ne traduit pas un désintérêt des Tunisiens pour les restaurants touristiques. Au contraire, la clientèle continue d’apprécier ces établissements, mais elle espace davantage ses sorties afin de mieux maîtriser son budget. Pour une famille composée de deux adultes et deux enfants, l’addition peut varier entre 200 et 500 dinars selon le standing du restaurant et les choix effectués.
Le secteur représente pourtant un poids économique important. La Tunisie compte près de 400 restaurants touristiques classés, allant d’une à quatre fourchettes, pour une capacité totale estimée à environ 34.000 couverts, dont 12.000 dans le Grand Tunis. Ces établissements génèreraient près de 1,2 milliard de dinars de chiffre d’affaires annuel et contribueraient à environ 15% des recettes touristiques en devises. Ils assureraient également près de 20.000 emplois.
Pour expliquer l’ampleur du ralentissement, Habib Ben Moussa met en avant la baisse du taux d’occupation des salles. Un restaurant disposant de 100 couverts pouvait auparavant en remplir environ 70 en moyenne. Aujourd’hui, ce chiffre serait tombé autour de 35 couverts, ce qui illustre concrètement la contraction de l’activité.
Les restaurateurs font également face à une forte augmentation de leurs coûts d’exploitation. Les prix de plusieurs matières premières auraient doublé en trois ans, tandis que les charges liées au personnel, à l’énergie, aux loyers et au fonctionnement quotidien continuent de progresser. Cette pression réduit les marges des établissements et limite leur capacité à absorber les hausses sans les répercuter partiellement sur les clients.
À ces difficultés s’ajoutent, selon la fédération, des prélèvements fiscaux représentant près de 4% du chiffre d’affaires. Pour les professionnels du secteur, ces charges deviennent de plus en plus lourdes dans un contexte où l’activité recule et où les coûts augmentent simultanément.
Malgré ce tableau difficile, Habib Ben Moussa conserve une vision positive du potentiel touristique tunisien. Il rappelle que les restaurants touristiques ne sont pas de simples lieux de consommation, mais participent pleinement à l’expérience offerte aux visiteurs. Ils permettent de valoriser la gastronomie tunisienne, les spécialités régionales et le patrimoine culinaire du pays.
Le redressement du secteur dépendra toutefois de plusieurs facteurs : une amélioration du pouvoir d’achat des ménages, un environnement économique plus favorable aux entreprises et une prise en compte réelle des contraintes rencontrées par les professionnels. La haute saison estivale pourrait apporter un certain soulagement, mais les difficultés structurelles nécessitent, selon les acteurs du secteur, des réponses plus durables.