Médina de Tunis : Le Réveil Gourmand des Palais de Pierre
En trois décennies de reportages, j’ai appris que la Médina de Tunis ne se visite pas : elle se respire. Loin du faste moderne des marinas de verre et d’acier, la « Madina Arbi » impose son propre rythme, celui des saisons et de l’appel du muezzin. Ici, chaque porte cloutée est une promesse, chaque impasse un secret bien gardé.
L’Art du Café : Une Conversation avec l’Histoire
Dans la Médina, le café n'est jamais qu'une simple dose de caféine. C’est un rituel social. Au Café Chaouachine, par exemple, on s'assoit au milieu des artisans qui façonnent encore la chéchia rouge traditionnelle. Le son du marteau sur le cuivre et l’odeur de la laine bouillie accompagnent votre thé aux pignons.
Plus haut, sur les terrasses comme celle du Panorama, on prend de la hauteur. C’est là que l’on comprend l’architecture de la ville : une mer de toits blancs parsemée de minarets et de coupoles. Le café turc y est servi avec cette pointe de cardamome qui réveille les sens, tandis que le soleil décline sur la Zitouna.
La Renaissance des Palais Gourmands
Pendant longtemps, la cuisine de la Médina était restée confinée aux cuisines familiales. Aujourd'hui, elle s’expose avec une fierté retrouvée. Des établissements de prestige comme Dar El Jeld ont transformé l'expérience culinaire en un voyage temporel. Franchir leur seuil, c’est entrer dans un univers de zelliges, de marbre sculpté et de plafonds peints.
On y redécouvre le vrai goût du terroir : une Mloukhia mijotée pendant des heures, un Couscous au osban dont la recette semble n'avoir pas changé depuis le XVIIe siècle, ou encore une Pastilla qui fond sous la dent. Le service, d'une courtoisie presque impériale, rappelle que Tunis fut, et reste, une grande capitale méditerranéenne.
L'Éveil des Terrasses et des Tables d’Hôtes
La véritable révolution de ces dernières années réside dans ces lieux hybrides, à l'image d'El Ali. À la fois restaurant et café culturel, ce type d'établissement a su attirer une nouvelle génération. On y vient pour lire un livre, écouter un luth ou déguster une cuisine plus légère, plus inventive, tout en restant ancrée dans la tradition.
Les maisons d'hôtes, discrètement nichées dans les ruelles sombres, offrent désormais des tables d'une intimité rare. On y dîne dans le patio, à la lueur des bougies, loin du tumulte des souks qui se ferment. C'est ici que bat le nouveau pouls de la Médina : un mélange de nostalgie assumée et de modernité décontractée.
Le Verdict du Reporter
Si la Marina est le visage de la Tunisie qui regarde vers l'horizon, la Médina est celle qui regarde en elle-même. Pour un vieux journaliste comme moi, rien ne remplacera jamais le plaisir de s'attabler dans un Dar, de sentir la fraîcheur des murs de pierre en été, et de goûter à une cuisine qui a une âme. La Médina n'est plus un musée, c'est une table vivante, vibrante et infiniment savoureuse.