TunAvis logo
TunAvis Blog

Tunisie : Le Réveil d'un Géant Méditerran

Par tunavis 15 February 2026
Feature

 
Après trois décennies à parcourir les méridiens, on finit par croire que plus rien ne peut nous surprendre. Pourtant, en ce début d'année 2026, la Tunisie me force à ranger mes préjugés au fond de ma vieille sacoche en cuir. Celle que l'on a trop longtemps cantonnée au rôle de "transat de l'Europe" vient de franchir un cap historique. Mais au-delà des statistiques de fréquentation, c'est l'âme de cette terre de contrastes qui opère une mue fascinante, passant du tourisme de masse à une quête d'authenticité retrouvée.

 

La force de la Tunisie a toujours résidé dans sa profondeur historique, ce "mille-feuille" de civilisations qu’elle porte avec une élégance naturelle. Flâner aujourd'hui dans les thermes d'Antonin à Carthage ou s’installer sur les gradins de l'amphithéâtre d'El Jem — ce géant de pierre qui n'a rien à envier au Colisée romain — rappelle que ce pays fut, bien avant l'heure, le cœur battant du monde antique. La nouveauté réside dans la manière dont ce patrimoine est désormais habité. Les voyageurs délaissent les complexes standardisés pour l'intimité des maisons d'hôtes nichées au cœur de la Médina de Tunis ou pour le charme intemporel de Sidi Bou Saïd, où le bleu des volets répond toujours à l'azur du golfe.

 

Plus au sud, l'appel du désert a changé de ton. Le Sahara tunisien n'est plus une simple excursion d'une journée entre deux baignades. De Tozeur à Nefta, le tourisme saharien se réinvente sous l'impulsion de projets écotouristiques audacieux et de festivals culturels qui font vibrer les dunes bien après le coucher du soleil. Les Ksour de Tataouine, ces architectures troglodytiques qui semblaient appartenir à une autre galaxie, attirent désormais une nouvelle génération de voyageurs en quête de silence et de design brut. Quant au Chott el-Jérid, ce mirage de sel reste, pour le vieux reporter que je suis, l'un des paysages les plus poignants au monde, une étendue blanche où la ligne d'horizon s'efface dans un dégradé de violet.

 

Le littoral lui-même, fort de ses 1 300 kilomètres de côtes, a entamé sa révolution. À Djerba, l'île aux sables d'or, la coexistence séculaire des cultures et des cultes est devenue un modèle de "slow-tourism". On y vient pour l'excellence de la thalassothérapie, domaine où le pays maintient son rang mondial, mais on y reste pour l'artisanat des potiers de Guellala et la finesse d'une gastronomie locale qui refuse désormais de se cacher derrière les menus internationaux.

 

Le constat est sans appel : la Tunisie de 2026 n'est plus une destination que l'on choisit par défaut pour son prix, mais une terre que l'on courtise pour son caractère. Elle a compris que son plus grand luxe n'était pas le nombre d'étoiles au fronton de ses hôtels, mais la chaleur de son hospitalité et la lumière unique qui baigne ses oliveraies. Pour le journaliste témoin des crises passées, voir ce pays valoriser enfin son patrimoine immatériel — sa cuisine, ses poètes, son art de vivre — est la preuve qu'un géant peut se réveiller sans perdre son âme.